La Dictature de l’Orgasme

-Avez-vous déjà eu l’occasion de parler « d’orgasme » ? avec qui, pourquoi ? quand et comment ?

Pour élaborer ce thème, c’est la question que j’ai posée autour de moi.

Je me doutais que ma question serait peut-être dérangeante, mais à ce point-là, non !

Je pensais que la révolution sexuelle dans les années soixante étant passée par là, le sujet ne serait plus « tabou », oh que nenni ! La majorité des réponses commençait par un « Heu ! c’est compliqué de répondre à ça ! ».

Alors, nous dit-on jouir n’est plus un droit, c’est une obligation. Dans une société axée sur la performance où il faut faire l’amour toujours plus, toujours mieux, l’orgasme est devenu l’incarnation de la normalité en matière de sexe. Et gare à ceux ou celles qui ne l’atteignent pas : mauvais amants, femmes coincées, pis, frigides. Pourtant, la sexualité des femmes et des hommes n’est pas celle des magazines. Ni celle des films pornographiques.

Voyons en quoi l’orgasme peut exercer une sorte de dictature, et quel est donc ce pouvoir absolu qui lui est attribué et, à ce propos, qu’est-ce qu’une dictature ?

La dictature est la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’une personne ou d’un groupe de personnes. Selon Hannah Arendt une dictature devient « totalitaire » lorsqu’elle investit la totalité des sphères sociales, s’immisçant jusqu’au cœur des sphères privée et intime (familles, mentalités, psyché individuelle).

Voyons maintenant la définition de l’orgasme ?

L’orgasme vient du grec orga : bouillonner d’ardeur. C’est un plaisir intense, foudroyant qui survient brutalement après une période d’excitation. C’est la jouissance la plus intense que peut ressentir un être humain, le plus haut point du plaisir sexuel. S’ensuit un moment de détente, de bonheur et d’apaisement. Plutôt qu’orgasme on va utiliser des expressions comme « prendre son pied, monter au septième ciel, c’est-à-dire se rapprocher des dieux, atteindre le nirvana, grimper aux rideaux, voir les anges et plus simplement « jouir » !

Alors comment atteindre l’orgasme ?

En général, c’est la stimulation des zones sexuelles qui déclenche l’orgasme chez la femme : caresses (manuelles ou buccales), cunnilingus, masturbation, pénétration. Mais le meilleur moyen pour l’atteindre est de bien connaître son corps.

La solution : partir à la découverte de son corps, seule ou à deux, sex-toy ou pas, afin de détecter vos zones les plus troublantes. Certaines positions sont plus propices que d’autres à l’atteinte de l’orgasme, il faut privilégier celles qui permettent un contact étroit entre le clitoris et le sexe ou le corps de votre partenaire.

Le clitoris, la source de plaisir principale ?

​Le clitoris a longtemps été méprisé par les scientifiques. Est-ce parce que c’est le seul organe du corps humain uniquement dédié au plaisir ? Organe du plaisir par excellence, le clitoris jouit de nombreux surnoms et sobriquets, tous plus réducteurs les uns que les autres, clito, berlingot, bouton, haricot, petit pois… Il est la source de plaisir principale pour la majorité des femmes, il est avant tout le « chef d’orchestre » de l’orgasme. Mieux le connaitre, vous permettra d’en profiter encore mieux ! Petit tour d’horizon d’un organe pas comme les autres.

Connaissez-vous l’anatomie du clitoris ?

Le clitoris est composé de différents éléments. Si le plus connu est la partie apparente, il ne se résume pas qu’à ça ! voyons de plus près ce qu’il en est.

Le gland du clitoris est extrêmement riche en corpuscules de Kraüse, capteurs de sensations de plaisir. Il en est tellement riche, qu’il y en a deux à trois fois plus à sa surface que sur le gland du pénis, et cela pour une surface bien plus petite ! Alors, d’ici à penser que les femmes ressentent trois fois plus de plaisir que les hommes, il n’y a qu’un pas, comme l’évoque Tirésias, tantôt femme et tantôt homme, dans la mythologie grecque.

Certaines femmes ont un gland si sensible qu’il est impossible de le toucher directement. Il suffit de prodiguer des caresses tout autour, car la moindre petite pression est transmise immédiatement à ce clitoris hypersensible. ​

La tige qui prolonge le gland est une sorte de petit cylindre qui remonte vers l’os du pubis. Lors de l’excitation, un frottement appuyé à cet endroit produit des sensations très voluptueuses. C’est aussi l’intérêt d’une position où le pubis de l’homme appuie sur le pubis féminin : mine de rien, il stimule le clitoris.

Les piliers sont formés par deux corps caverneux, ce sont des tissus érectiles, ils renferment des cavités qui se gonflent de sang sous l’effet de l’excitation sexuelle.

Les bulbes sont constitués de corps spongieux, des tissus érectiles semblables aux corps caverneux, ils descendent de part et d’autre de l’urètre et se terminent de part et d’autre du vagin.

La taille du clitoris : La dimension du clitoris varie. Sa longueur peut atteindre 10 cm ou plus. Eh oui vous avez bien lu ! Il y a des variations comme il y a des variations dans la taille du pénis.

L’orgasme vaginal ? Un gros mytho !

Alors, tordons le cou à cette idée trop longtemps répandue à tort : il n’y a pas différents types d’orgasme féminins, « clitoridien » ou « vaginal ». La femme a un orgasme, un point c’est tout ! A cet orgasme participent le clitoris, le vagin, les lèvres, le périnée, l’anus, toutes les parties de l’appareil génital. On ne dira pas en parlant de l’orgasme de l’homme c’est un orgasme pénien ou prostatique ! Femme clitoridienne ou vaginale : un débat obsolète.

Les femmes ne disent pas merci à Freud, ennemi n°1 du clitoris, qui a inventé de toutes pièces ce concept d’orgasme « vaginal ». Selon lui, une femme mature doit trouver l’orgasme seulement par la pénétration. La théorie psychanalytique a créé une séparation nette et sans appel entre deux orgasmes qu’elle veut étrangers l’un à l’autre. L’un symbolise la normalité, l’autre l’immaturité. Or, tout ceci est faux, archi faux. Malgré les travaux récents et l’importance de la sexologie dans les médias, la confusion reste maintenue. Alors que pour l’homme la question ne se pose pas, « il jouit ! » et tout est dit. En matière de sexe, la pénétration vaginale considérée jusque-là comme le Graal, serait en quelque sorte le choix de la facilité, le minimum syndical !

Et le point « G » dans tout ça, on like ou pas ?

Il est fortement mis en doute aujourd’hui, ce concept nous a été imposé par un homme et cette zone « érogène » appelé point « G » reprend le nom du gynécologue allemand Gräfenberg ! qui a symboliquement marqué au fer rouge l’intimité féminine de son initiale. Révélé en 1980 le point « G » serait situé à environ 4 cm de l’entrée du vagin. Il aurait la forme d’une petite boule palpable de moins d’un centimètre qui augmenterait de taille lors d’une stimulation. Alors mythe ou réalité ?

Lorsqu’on parle de difficulté à atteindre l’orgasme, on induit le plus souvent que cette difficulté est essentiellement féminine ou due à des préliminaires insuffisants ou bâclés !

Alors que dire des préliminaires ?

Ah, les fameux préliminaires ! Encore une idée reçue ! une sorte de hors d’œuvre qu’on va réchauffer ou bien gare à ceux qui ne s’y emploient pas ! point d’orgasme en prévision à l’horizon. ! Il n’existe pas de norme, ni de durée idéale ; il y a des moments où on peut avoir envie de sexe rapide comme manger un sandwich et d’autres où on a envie de sexe gastronomique, comme on déguste un bon plat dans un restaurant étoilé. Et là aussi, je veux dire haut et fort que « de l’excitation à l’orgasme c’est faire l’amour », et ça ne se divise pas en étapes. Laissez-vous aller, restez à l’écoute de vos sensations sans parti pris, sans surveiller sans cesse l’état de votre excitation. Sinon, faire l’amour se limitera à une recherche de la performance et deviendra vite aussi fastidieux qu’un examen de passage.

Et si on parlait un peu d’amour, et de passion ?

L’amour désigne un sentiment intense d’affection et d’attachement envers une personne, qui pousse ceux qui le ressentent à rechercher une proximité physique, intellectuelle ou même imaginaire avec l’objet de cet amour. L’amour peut conduire à adopter un comportement particulier, aboutissant à une vraie relation amoureuse lorsque cet amour est partagé.

Quand on dit à une femme qui n’a plus de relations sexuelles. « Vous devez vous forcer, et ça va revenir, il faut entretenir la machine », on pourrait résumer cette injonction à l’appétit vient en mangeant ! Ne croyez-vous pas que ce genre de propos sont des propos sexistes, avec la menace sous-jacente et implicite que l’homme à des besoins et qu’il risque d’aller voir ailleurs et qui font la part belle à une sorte de proxénétisme sociétal ? Il n’est ici, nullement question de désir ou de plaisir ? Jean Ferrat nous disait d’ailleurs avec ironie : « une femme honnête n’a pas de plaisir !» 

Et la notion de devoir conjugal ?

La notion de devoir conjugal, s’accorde mal avec la notion de plaisir.  Le devoir implique la notion d’obligation qui se marie mal avec la liberté d’être et de faire ou de ne pas faire. Elle suppose dans la mémoire collective que l’homme aurait des besoins qu’il convient de satisfaire. Il est temps de mettre un coup de pied dans cette fourmilière. La femme comme l’homme ont en effet des besoins qu’il convient de satisfaire, par eux-mêmes, ou à deux si le désir est partagé. Dans tous les cas le besoin des hommes, ou leur désir d’être satisfait, ne doit plus être le problème des femmes. La notion de libre consentement de part et d’autre est fondamentale.

Et la passion dans tout ça ?

La passion quant à elle, est une très forte émotion tournée vers une personne produisant un déséquilibre psychologique (l’objet de la passion occupe excessivement l’esprit). Elle se traduit en effet par un sentiment d’excitation inhabituelle alternant plaisir et souffrance, du fait de l’augmentation de la dopamine (neuromédiateur provoquant la sensation de plaisir) qui active le système de récompense, et de la baisse importante de la sérotonine (neuromédiateur responsable de l’état émotionnel de bonheur). Ce mécanisme est particulièrement marqué dans le cas de la passion amoureuse.

La personne passe ainsi généralement d’un état d’euphorie à une sensation de manque vis-à-vis de l’individu sur lequel elle se focalise. Dans les cas les plus extrêmes, la passion peut donner lieu à une situation d’obsession (dont l’amour obsessionnel et la dépendance affective) conduisant la personne qui la connaît à faire des choix néfastes, opposés à son bonheur, à ses intérêts ou à ceux de ses proches voire à commettre un crime passionnel ou aboutir à un suicide. Nombre d’écrivains et de cinéastes ont disserté sur le crime passionnel et ont conduit tant de tribunaux à une véritable tolérance et indulgence en bande organisée !

Qu’en disent les neurosciences ?

L’hypothalamus sécrète des neurohormones qui vont exciter l’hypophyse qui, à son tour, va libérer des hormones stimulant les ovaires et les testicules. S’ensuit une réaction en chaîne : les testicules et les ovaires vont également émettre leurs propres hormones : la testostérone et les œstrogènes. Sous leur action, l’afflux de sang est déclenché. L’érection de l’organe féminin a lieu lorsque les bulbes se gonflent sous la pression sanguine et favorisent les sensations autour de l’urètre et du vagin, l’homme quant à lui a une érection.

Que faire pour augmenter le plaisir ?

Certaines personnes préfèrent être caressées ici plutôt que là. A chacun ses zones érogènes. Pendant le rapport sexuel, on peut guider son/sa partenaire vers ce qui fait plaisir, il faut également être à l’écoute de ce qui plaît ou non à l’autre. Sans fausse gêne. Les mots doux ou coquins, les caresses, les baisers, l’odeur ou la vue de son/sa partenaire, ça peut exciter. Pourquoi ? Parce que cela réveille les hormones. D’abord, la testostérone, l’hormone du désir, que l’on trouve aussi bien chez l’homme que chez la femme. Puis, la lulibérine chez la femme, qui pousse à chercher de plus en plus les caresses.

Quand le plaisir est très intense, ce sont les endorphines, – encore les hormones ! – qui explosent. Cela peut se transformer en orgasme. L’orgasme, ce n’est pas automatique ! On dirait presque un slogan publicitaire ! Il y a autant d’orgasmes que de types de personnes et de relations entre elles.

L’orgasme féminin, inquiétude pour les hommes ?


Symbole de l’autonomie sexuelle de la femme, le clitoris reste un objet de mystère pour la gent masculine, mais aussi un objet de crainte. En effet, 95 % des femmes accèdent à l’orgasme en quelques minutes en stimulant elles-mêmes leur clitoris. En Europe et aux Etats-Unis, jusque dans les années 1930, la pratique de l’excision se répand, pour empêcher la masturbation, mais aussi car on soupçonne le clitoris d’être la cause de maladies telles que l’hystérie ou l’épilepsie. Au Moyen-âge, le clitoris était même surnommé “le mépris de l’homme” dans certaines régions d’Europe. Au 19e siècle, le clitoris est décrété “organe inutile” par les scientifiques. Le vagin acquiert une primauté incontestable sur un clitoris qui devient diabolisé.

Aujourd’hui encore, 150 millions de femmes dans le monde sont victimes de ce genre de pratique, dans des pays qui s’étendent principalement des Etats arabes à l’Inde et à l’Afrique équatoriale. La France aussi est concernée, avec environ 30 000 femmes ou jeunes filles excisées.

La femme doit apprendre à connaitre le fonctionnement de son corps et s’autoriser à être demandeuse, sans être considérée, parce qu’elle est active comme une nymphomane, obsédée, allumeuse, tentatrice, aguicheuse…

Elle doit pouvoir s’autoriser à être à l’écoute de son désir et le faire savoir avec une demande claire, ou s’autoriser à ne pas être disponible et à dire « non ». De la même façon une femme passive n’est pas une femme subissante, se résumant à « une femme mère » qui se fait pénétrer et posséder dans le but de procréer et de perpétuer l’espèce. Il convient de chercher entre ces deux extrêmes, et de réinventer en quelque sorte la juste place de la femme.

Généralement l’homme est considéré comme actif et la femme comme passive. Le sexe masculin est davantage visible du fait de son extériorisation, en parallèle avec une pseudo sociabilité. En fait on a confondu érection et statut dominant.

La femme garde un statut passif car elle reste « à combler ». L’homme est ainsi mis en demeure de combler la femme et même toutes les femmes dans une injonction à satisfaire l’autre à tout prix. Trop longtemps on a considéré le sexe de la femme comme un trou qu’il faut combler pour qu’elle se sente enfin entière. C’est aujourd’hui le rôle de la femme de reprendre son sexe en main, de savoir – et faire savoir – comment il fonctionne.

Qu’en est-il du vestimentaire féminin qui hante l’actualité ?

Il faudrait s’habiller comme ceci ou cela tantôt pour séduire, pour rentrer à 4 heures du matin, pour aller bosser, aller nager, prendre les transports, aller à une soirée… Franchement, si les femmes en faisaient autant pour le vêtement masculin ce serait plutôt cocasse, (ton pantalon est trop moulant, ta chemise est trop ouverte, ton tee-shirt laisse apparaitre ton nombril, quand tu te penches on voit la naissance de tes fesses, tu vas pas aller travailler comme ça !), sauf qu’elles se feraient envoyer bouler. Si cela vous choque au masculin, traduisez-le au féminin.

Pourtant les messages « bienveillants » masculins, pleuvent, expliquant que les femmes devraient faire attention, qu’elles sont irresponsables dans leurs manières de s’habiller, qu’elles devraient éviter de jouer avec le feu.

Ce qui est étrange c’est que face à ce désir masculin, présenté comme tout puissant, les capacités d’auto-contrôle des hommes soient présentées comme si faibles ! Au point que leur problème devient celui des femmes, sommées de se rhabiller.

On voit bien que se cacher, se protéger, ça ne marche pas ! Les femmes ne sont pas moins violées en burqa, que dans les camps naturistes. Pas moins violées à la maison qu’hors de la maison. Ce serait même plutôt le contraire !

Les hommes ont tout à gagner à être féministes, d’un partenaire « entier » à se laisser prendre par l’autre. Enfin entier de part et d’autre pour un « orgasme partagé ».

L’orgasme est une coproduction nous invitant à prendre la voie d’une sexualité pleine et solaire. Out le « Soit belle et tais-toi » pour la femme, ou l’injonction « d’être un bon coup » ! pour l’homme. C’est dépassé ! Et comme nous le dit Eric-Emmanuel Schmitt l’obligation d’orgasme, n’est-ce pas ce qui empoisonne les relations des hommes et des femmes ? Sous pression, ils se contraignent à y parvenir, transformant un moment gratuit, libre, inutile, en une compétition qu’il faut gagner.

Par Isabelle FONTAINE

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