Et si Paul Cézanne avait connu la sophrologie…

Et si tout n’était qu’une histoire de pomme non consommée, « en plein air et en plein soleil » ! Cette histoire d’amitié – qui est presque une histoire d’amour – aura été douloureuse et magnifique, entre deux grands hommes, devenus des piliers de la culture littéraire et artistique, Cézanne et Zola ! 

Parler de Cézanne, c’est parler de Zola, ils sont comme indissociables comme des frères de cœur.

Dans mes souvenirs de collégienne, j’imagine ces deux hommes avec une grande barbe, au caractère un peu bourru, alors je vous propose de faire un saut dans le temps et je vous invite à leur rencontre, quelques années en arrière, dans une cour d’école à Aix en Provence, où tout commence par une bagarre. Zola est orphelin, de père italien. Il arrive de Paris et se fait harceler par les autres élèves qui le traitent de Rital, de « Gorgonzola ! », le bousculent. Cézanne quant à lui est issu d’un milieu bourgeois, d’un père autoritaire et tout puissant qui dévalorise son fils. C’est un enfant solitaire, d’une timidité maladive mais d’une carrure athlétique. Il n’hésite pas à prendre la défense de Zola et repousse vaillamment ses adversaires. 

A cet instant nait un pacte d’amitié. Le lendemain, Zola vient chez Cézanne et lui apporte un panier de pommes préparé par sa mère.

Cette amitié est d’autant plus significative qu’elle se fonde sur les souvenirs d’une adolescence heureuse vécue au sein de la nature. Eh oui, ils ont été enfants, rêveurs, taquins et joyeux, notamment quand ils profitent du soleil pendant leurs baignades, se séchant au soleil du midi. Les jours passés dans la ravissante campagne d’Aix, en promenades, et surtout en baignades, ces escapades animées de lectures romantiques, de rêves de conquêtes et de liberté, se sont gravés à jamais dans les cœurs des deux amis tel un âge d’or, le paradis perdu de leur jeunesse. 

Deux destins nourris l’un de l’autre, de leur manque de père, devenant l’un pour l’autre, à tour de rôle, une figure narcissisante.   

Et si Paul Cézanne avait connu la sophrologie ! pourquoi ce titre ?

Paul Cézanne au physique d’athlète est diabétique et souffre, entre autres problèmes, de violentes migraines, conduisant à des insomnies que seule sa femme Hortense, arrivait à calmer en lui lisant des poèmes une grande partie de la nuit. On pourrait faire un parallèle avec l’histoire d’Ulysse qui s’endort, calmé par le « terpnos logos » de sa femme, qui lui lisait des histoires d’une voix douce et calme, profondément relaxante !

Hortense lui lisant en particulier les poèmes de Baudelaire, et ses écrits sur l’art, elle réussit à lui apporter cette détente musculaire, qui apaise Paul Cézanne. Elle était en quelque sorte sa sophrologue personnelle, avant même la naissance de la sophrologie !

Et si Paul Cézanne avait connu la sophrologie… Ne pourrait-on pas dire qu’il l’a connue, sans la nommer, tel Monsieur Jourdain qui pratiquait la prose sans le savoir ? 

Cette sophrologie en pleine ignorance lui a permis une récupération physique et cette capacité à rester des heures dans la contemplation d’un paysage, observant les moindres détails, les changements de couleurs suivant la journée, les formes, ce qui lui a valu le titre de précurseur de l’art du cubisme. Ne serait-ce pas aussi en lien avec la rétinopathie diabétique dont il souffrait ?

Soucieux de coller au plus près à la réalité, la peinture fut pour lui avant tout un travail d’ouvrier, un travail solitaire, un travail sériel, presque pénible, pratiqué sans interruption, comme pour la Montagne Sainte Victoire qu’il aura peinte plus de 80 fois.

De même, le dessin, dont on oublie trop souvent qu’il s’agit d’un élément essentiel de son processus créatif. Il plaçait très haut les finalités de l’art, voulant produire des tableaux “qui soient un enseignement”. Aussi ces derniers sont-ils de plus en plus réfléchis au fur et à mesure qu’il vieillit, mûris dans l’introspection d’un artiste qui, cependant, se donnait comme premier maître, la Nature : “On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la Nature ; mais on est plus ou moins maître de son modèle, et surtout de ses moyens d’expression”, écrivait-il en 1904. 

Cette tension entre la réalité objective et sa transposition esthétique est au cœur de sa démarche. Ainsi, Cézanne a pu être un exemple pour les générations qui l’ont suivi, alors même qu’elles employaient des chemins divers et contradictoires entre elles.

Cézanne, qui disait, dans ses dernières années, progresser chaque jour un peu plus, écrivait pourtant en 1906 à son fils : “Enfin je te dirai que je deviens, comme peintre, plus lucide devant la nature, mais que, chez moi, la réalisation de mes sensations est toujours très pénible. Je ne puis arriver à l’intensité qui se développe à mes sens, je n’ai pas cette magnifique richesse de coloration qui anime la nature.”

C’est que le travail sériel contient le destin temporel de la vision : l’œil ne s’arrête pas arbitrairement sur un simple prétexte, il choisit l’objet sur lequel il va s’acharner, car la série a pour but de dénaturer et, à chaque moment de l’histoire, c’est une nouvelle idéologie de la nature à laquelle le peintre s’affronte. Comme il le disait : « je voudrais arriver à peindre la fluidité de l’air, la violence du soleil, le silence des roches ».

Il meurt le 15 octobre 1906, alors qu’il peint une énième fois la Montagne Sainte-Victoire, surpris et terrassé par un violent orage qui le cloue au sol pendant des heures. Il décèdera d’une pneumonie dans son appartement d’Aix. Il est inhumé au cimetière Saint-Pierre d’Aix-en-Provence.

Et cette fameuse pomme de Paul Cézanne qui allait faire le tour du monde… Il disait vouloir étonner les Parisiens avec une pomme ; il a finalement marqué le monde entier.

Les pommes sont un des motifs caractéristiques du peintre dans ses natures mortes pendant toute sa carrière. Des années plus tard, Cézanne déclarait au critique d’art, Joachim Gasquet, avec un sourire en coin : « Tiens ! les pommes de Cézanne, elles viennent de loin ! ». 

Il dit, en grand observateur qu’il est, et certainement en sophrologue qui s’ignore : la nature pour nous hommes et femmes, est plus en profondeur qu’en surface, d’où la nécessité d’introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire « sentir l’air ».

Il considère l’ombre comme une couleur, généralement le bleu qui accentue le « clair-obscur » qu’il recherche obstinément dans sa peinture et dans sa vie. Paul Cézanne est considéré selon la critique de l’époque comme « le précurseur d’un autre art ». 

Comme de nombreux artistes de la fin du 19ème siècle, Cézanne a beaucoup cherché et beaucoup évolué. La peinture de cette époque quittait la représentation du réel pour aborder l’expression du moi avec des évolutions formelles constantes. Cézanne peut traiter tous les genres. Portraits, paysages et natures mortes forment les trois piliers de son œuvre. Il utilise aussi fréquemment, à partir de 1890, le thème des baigneurs et baigneuses, sorte de portrait de groupe dans un paysage, qui lui permet, comme le paysage de la Montagne Sainte-Victoire, d’évoluer vers une géométrisation de la composition.

A cette époque, on n’avait pas une approche holistique de la maladie, ni des méthodes de diagnostics performantes. A notre époque si Cézanne avait pu bénéficier de profitables séances de sophrologie, sa peinture aurait-elle été différente ? 

Il souffrait de diabète et de migraines persistantes.

« Une approche de la douleur chronique invite à l’écoute active, à la posture objective, à la patience et à la modestie aussi, tant est complexe chaque douleur vécue et éprouvée. Comment aller à la rencontre de cette expérience singulière si difficile à dire, et à nommer, que nous avons connue, que nous connaissons, ou que nous connaitrons peut-être un jour ? » nous dit Sophie Lebreton dans « Sophrologie et céphalées ». 

Les conséquences de ce diabète ont fortement conditionné la peinture de Cézanne ainsi qu’une intoxication au plomb liée à sa méthode de peinture. On peut supposer que cela a pu provoquer des douleurs insupportables et vraisemblablement accélérer sa mort.

Je vous propose une séance de sophrologie tout en « clair-obscur » comme Paul Cézanne me l’aurait probablement inspirée. Vous pouvez l’enregistrer vous-même et l’écouter aussi souvent que vous le souhaitez, attention toutefois à ne pas l’écouter en voiture où la vigilance est nécessaire et indispensable :

Je peux faire cette séance en pleine nature, ou bien la fenêtre largement ouverte, au petit matin, lorsque le corps est encore engourdi du sommeil de la nuit…  je sens mon corps se déplier, se tonifier tout en douceur, assis(e ) ou allongé(e), je ressens la fraîcheur de l’air à l’inspir, venir masser mes parois nasales…  mon ventre est comme massé par cette sensation, puis l’air légèrement réchauffé par mon corps, ressort sensiblement tiédi… les yeux fermés, je tente de retrouver les éléments qui m’entourent et qui composent mon environnement… ma respiration devient de plus en plus régulière et profondément calme… je ressens tous les points de contact de mon corps et à chaque expiration, ils deviennent de plus en plus lourds, je les laisse s’enfoncer délicatement… je prends conscience de cette détente et également des régions qui restent néanmoins douloureuses, où contractées, j’en prends simplement conscience… je les respire… sans crainte… puis une peinture s’impose presque à moi, des pommes… puis je surprends une conversation entre Paul Cézanne et Emile Zola :

– Paul, tu te souviens des pommes ? dit Zola

– Elles m’ont valu la gloire que j’ai aujourd’hui ! répond Cézanne

– Ah la pomme quelle histoire, un jour elle sera connue du monde entier ! reprend Zola en souriant à son ami Cézanne … 

Puis leurs visages s’estompent, laissant une sensation de partage de sentiments sincères entre ces deux grands hommes, une histoire de vie, une histoire de rencontre, de sentiments forts, avec des émotions tout aussi fortes et sincères, c’est tout ce chemin de vie qui les construit, à coups d’échecs et de succès, de bonheurs et de chagrins…

Je laisse venir en moi, le souvenir d’une rencontre, d’une amitié, d’un amour… je les respire profondément, je laisse venir en moi les émotions que ce souvenir réveille,… souvenir heureux ou malheureux, un souvenir parmi tant d’autres, qui m’a façonné(e), qui a fait de moi, qui je suis aujourd’hui, fier(e) de qui je suis devenu(e), cette complexité, ces émotions riches en expérience et qui font de moi un être « unique », tel un Cézanne ou un Zola en son temps… libre à moi de laisser s’exprimer toutes ces émotions par des couleurs sur une toile, ou par des mots sur un joli cahier, ou bien par des notes de musique, ou par une chanson, comme la chanson de France Gall, … Cézanne peint…


Il laisse s’accomplir le prodige de ses mains
Cézanne peint
Et il éclaire le monde pour nos yeux qui n’voient rien
Si le bonheur existe
C’est une épreuve d’artiste
Cézanne le sait bien
Quand Cézanne peint
Cézanne peint…

Je me laisse cette liberté-là, tel un présent qui devient un cadeau… Je me laisse respirer sereinement, tout en douceur, comme une caresse adressée à un enfant innocent qui finit par s’endormir paisiblement, un large sourire prend naissance dans mon ventre, rien ne compte davantage, à cet instant que cette sensation dans mon corps, dans mon cœur, dans mon corps tout entier, puis lentement, si je le souhaite, en prenant le temps qui m’est nécessaire, je respire amplement, je sens à nouveau toute la fraîcheur de l’air, une sensation de calme intérieur est là, tout naturellement … au revoir ma douleur…

Merci, 

Merci à moi,

Merci à toi Cézanne … 

Par Isabelle Fontaine, psychologue clinicienne et sophrothérapeute

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