L’impact de la Peur de l’Avenir sur notre Cerveau


Par Isabelle FONTAINE, psychologue clinicienne, sophrothérapeute, trésorière de la SFS

 

Nos émotions seraient-elles nos pires ennemis ou nos meilleures amies ? J’étais dans cette réflexion, lorsque j’entends une émission où une mère parle de la peur qui paralyse sa fille simplement à l’évocation du mot Baccalauréat. Peur de l’avenir ou de l’à-venir, d’un événement qui va arriver à court ou à long terme.

Nos émotions sont nos indicateurs, produites par nos sensations corporelles, tensions musculaires entrainant perte du sommeil, fatigue, entrainant à son tour des ruminations, la gorge qui se serre, des maux de ventre, des désordres intestinaux etc… Nos organes sensoriels reçoivent des informations de l’environnement signalant la présence ou la possibilité d’un danger. Ces informations vont activer l’amygdale située dans le cerveau au niveau des lobes temporaux, qui va lancer une alarme corporelle, créer une réaction d’éveil, un sursaut et/ou une mise en tension … C’est le début de la réponse « combat-fuite ».

L’amygdale s’active sous l’action des organes sensoriels recevant les informations d’un danger potentiel. L’amygdale fait partie du système limbique (le cerveau des émotions), elle joue un rôle important dans le comportement de l’individu. Grâce aux entrées somatosensorielles, visuelles, auditives, olfactives, tactiles ou gustatives, elle décode les stimuli, venant de facteurs menaçants pour l’organisme, renseignant ainsi notre proprioception.

Ce parent est impuissant à rassurer sa fille. Plus il souhaite la rassurer, plus elle est terrifiée ; cette mère cherche de l’aide, une solution, des professionnels à qui adresser sa fille.

J’entends alors son interlocuteur lui conseiller de faire de la sophrologie, y ayant eu recours lui-même lors de ses études !

Comment agit la sophrologie sur ces lycéens et lycéennes qui appréhendent ce premier grand examen que représente le Bac, et comment l’utiliser au mieux ?

Je rappelle que les émotions sont le résultat de sensations ressenties dans le corps, ces émotions vont modifier nos neuromédiateurs comme la dopamine, qui agit comme un starter, produite dès l’éveil sous l’effet de la lumière du jour. C’est l’hormone de l’action.

Une technique sophrologique est particulièrement adaptée à cette préparation, c’est la « Sophro Acceptation Progressive », plus communément appelée la SAP. Pour un résultat optimum, il convient de commencer cette préparation six mois avant le BAC avec une séance par mois, voire deux pour traiter d’autres éléments associés.

Le déroulement de la séance consiste à collecter le maximum de détails lors de l’anamnèse pour la réalisation du scénario du jour « J » avec rituel de coucher, petit-déjeuner en envisageant des modifications pour rééquilibrer l’alimentation et ne pas risquer un état hypoglycémique avec une chute de l’énergie.

L’originalité de cette technique consiste à vivre, à chaque séance, l’évènement comme s’il avait déjà été vécu, et en faisant un compte à rebours pour se rapprocher de la date de l’examen.

Que se passe-t-il pour le cerveau ? La S.A.P agit sur le cerveau comme une sorte de « vaccin » qui va agir sur un corps sain en produisant des anticorps ! La peur de l’avenir provoque une sécrétion de noradrénaline sur notre cerveau, correspondant au besoin de nous maintenir en vie face à un évènement « inconnu ». C’est un processus tout à fait normal. C’est le caractère inconnu de l’évènement à venir qui le rend « dangereux ».

Avec le circuit court, le message sensoriel va directement à l’amygdale et lance une première alarme sensorielle. Avec le circuit long, le message sensoriel va être envoyé à diverses structures cérébrales voisines de l’amygdale qui vont évaluer la pertinence de l’alarme, comme l’hippocampe et le cortex préfrontal. Ces deux structures cérébrales sont très différentes : l’hippocampe agit automatiquement, il joue le rôle de comparateur avec nos expériences et analyse ainsi la pertinence de la dangerosité de la situation. Alors que le cortex préfrontal régule les réactions automatiques de peur et agit en partie en fonction de notre volonté.

En résumé, le sentiment de peur est nécessaire pour se prémunir des dangers, nous protégeant ainsi des événements à venir. L’information est transmise à notre amygdale cérébrale, qui lance une première alarme et déclenche une première procédure de survie. Notre hippocampe fait alors tourner très vite notre stock de souvenirs pendant que notre cortex préfrontal prend le commandement des opérations pour « la survie ».

Les peurs peuvent devenir excessives et handicapantes, se transformer en phobies et conduire à des comportements d’évitement. La sophrologie apparaît comme la démarche la plus adaptée, dans le cadre d’une prise en charge individuelle, permettant de comprendre sa peur et d’en utiliser toute l’énergie en l’affrontant dans un environnement sécurisant.

Cette S.A.P. qui consiste à vivre, par anticipation, la répétition du vécu de l’évènement aide à produire, à la place de la noradrénaline, de la dopamine, hormone indispensable pour l’éveil, la mémoire, la créativité, l’intuition sans être gêné par la notion de « danger » !

La sophrologie constitue un excellent moyen de vivre les évènements anxiogènes, en modifiant le circuit de la peur afin de les stocker dans l’hippocampe, lieu des souvenirs vécus et de les traiter par le cortex préfrontal, qui agit de manière plus contrôlée.

 

Alors je n’ai plus peur ….

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