Corps abîmé, Corps meurtri


Par Isabelle Fontaine, psychologue, sophrologue,  membre du C.A. de la S.F.S,  responsable de communication à l’AFREPA.

Qu’est-ce qu’un corps abîmé ? Qu’est-ce qu’un corps meurtri ? Se poser ces questions, c’est redéfinir ce corps dans une démarche phénoménologique (1), sous-tendue par l’approche psychologique et sophrologique.

 

Le corps abîmé est un corps difficile à reconnaître pour sien, dit D. Le Breton(2), en lien avec des circonstances variées, liées à des lésions visibles ou invisibles, dépendantes aussi de l’âge, de la culture, du contexte : handicap visuel ou auditif, maladie, accidents de la vie, vieillesse.  Il peut s’agir de brûlures, de paralysies, de maladies dermatologiques (eczéma, psoriasis, éruptions diverses et variées, rides et grains de beauté), d’interventions chirurgicales, de nécessité, ou de confort (chirurgie esthétique) ; mais aussi de cancers, ou de certains syndromes  douloureux  comme la fibromyalgie, etc…. Les violences physiques, les abus sexuels, l’excision, viennent aussi abîmer ce corps qui est un paysage unique, qui signe notre identité et qui conserve, à la manière d’archives, les traces de l’histoire individuelle, tel un palimpseste(3).

Le corps meurtri correspondrait-il à une dimension psychique, une douleur morale, une blessure narcissique ? Cela constituerait-il une menace pour le sentiment de soi ?

Actuellement en vacances, j’ai tout loisir de voir les corps qui se dévoilent dans une « impudicité » dictée par la plage, où chaque centimètre de peau doit être exposé et bronzé. A la fin des vacances, les corps parfaitement bronzés sont le signe que celles-ci ont été bonnes et profitables.

Mais que dis-je, bronzé, souvent tatoué, le corps est devenu ainsi une affiche vivante symbole, à travers les tatouages, du vécu de son histoire. Le corps s’expose, en perpétuelle représentation. Chaque instant doit être immortalisé, photos en rafales, selfies en veux-tu en voilà, sourire figé, forcé signe d’un Bonheur parfait, « contrôlé » : il faut montrer… à qui au fait ? Eh bien à soi-même, j’y étais… J’étais là à ce moment-là, oups !  Déjà oublié ! Mais heureusement, photographié. Ouf la mémoire est sauve !

Et puis les vacances, n’est-ce-pas le lieu de toutes les permissions… gaufres, glaces, frites mayonnaisées, ketchupées ; on s’est suffisamment privé pour obtenir que ce corps rentre dans ce maillot tant désiré ! Un bien « maigre » résultat pour tant d’efforts. Les corps sont « las », bourrelets, vergetures signes du passé maternel pour les femmes ; l’enfantement ou pas d’ailleurs peuvent déformer les corps. Et les hommes ne sont pas en reste, gonflés par les substances anabolisantes, pour ceux qui prennent soin de leur apparence, dans l’espoir de multiplier les conquêtes ou du moins les regards de la gente féminine – ou masculine. Ou les autres, moins délicats, aux visages empâtés par trop d’addictions, alcool, cigarettes, sucreries, allant jusqu’au harcèlement de leurs compagnes «  Mais quand vas-tu perdre tes kilos superflus d’après grossesse ? ». Ceux-là même dont l’estomac peut être le symbole d’une grossesse fantasmée qui ne sera jamais menée à terme !

Alors oui, pendant les vacances, bas les masques ! Dans un abandon sur la plage en position fœtale ou écartelés, les  corps lâchent prise, et baignent dans le « bonheur », muselés dans leurs émotions, tout va pour le mieux : ce sont les vacances !

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(1) selon Husserl, qui se rapporte à l’analyse directe de l’expérience vécue par un sujet.

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